Marion, mots & choses

Beautés brutes du Japon

La Halle Saint-Pierre accueille la plus grande exposition jamais consacrée à l’art brut japonais.

« Marker indélébile, peinture acrylique sur slip, sur pyjama » : tels sont la technique et les supports de Takahiro Shimoda. Envie de provocation, goût pour l’absurde ? Ni l’un ni l’autre. Ce pensionnaire d’un centre spécialisé nippon a simplement l’esprit pratique et inventif : en dessinant, il parvient à vivre – et à dormir – avec ce qu’il aime le plus, œufs de saumon, avion ou pénis. Fou peut-être, hors normes certainement, Shimoda est l’un des soixante-trois artistes qu’accueille la Halle Saint-Pierre pour Art brut japonais, la nouvelle vague japonaise. Par son ampleur, cette exposition est « une première tant au Japon qu’à l’étranger », rappelle Kengo Kitaoka, à l’origine de l’événement.

Noirs et minuscules, des idéogrammes s’alignent, se resserrent, finissent en vide abrupt. Le langage apparaît comme une nasse ou un précipice. Moriya Kishaba travaille sur des feuilles de registre que son père lui rapporte de l’aéroport voisin. Il n’est pas le seul à faire flèche de tout bois. De son lit d’hôpital, Tsukasa Iwasaki roule les papiers trop fins, les assemble pour en faire des cadres baroques, tout autant œuvres que ses images au feutre, à l’acrylique. Seizo Tashima utilise, lui, des graines de magnolia pour son Homme se ­faisant exploser, tandis que Seiei Shiroma a recouvert sa maison de canettes : une chaque nuit et en famille, pendant quinze ans.

Œuvre d’une vie s’il en est, œuvres de vie, elles ne répondent qu’à l’urgence, sans souci du marché, des regards. Feuille après feuille, Takanori Herai compose son journal, relié grossièrement, de formes géométriques, pendant une décennie entière avant qu’il ne soit découvert, admiré. Et c’est parce que ses dessins, multitudes d’ellipses, mondes observés au microscope, ont suscité de l’intérêt que Kimiko Okaji n’en a plus réalisé. L’exposition nous montre ces travaux ; le très beau catalogue nous les conte. Chaque artiste y a sa biographie. Elle indique lieux de résidence, cadre familial, mais aussi évolution, rites d’exécution. Ceux-ci ont parfois leur traduction graphique : les cercles colorés de Koji Kon sont-ils placés au centre, c’est qu’il est debout  ; à la périphérie de la feuille, c’est qu’il est assis.

Ces alentours de la création éclairent aussi ce que ne saurait distinguer l’œil occidental. (...)

Art brut japonais, la nouvelle vague japonaise , jusqu’au 22 janvier 2011 à la Halle Saint-Pierre, www.hallesaintpierre.org 2, rue Ronsard, Paris XVIIIe. Catalogue : Art brut japonais, Halle Saint-Pierre, 223 p., 40 euros.

Article publié par Politis. Pour accéder aux archives payantes de l’hebdomadaire, et à la suite du papier, cliquer ici.




Dans la même rubrique:

Agendas et carnets en livre ancien

Au marché de Noël de Banyuls (les 9 caves, 10 et 11 déc 2016) & de Mosset (La Maison de Janie, 17 & 18 déc 2016)

La S en bouts - texte brut

Jef Klak n°2 : Bout d’ficelle, mai 2015.

Ma précarité familière

Politis, juillet 2014.

Agnès Varda : Y a pas que la mer

Agnès Varda, la chérie de Sète, la ville au poulpe, est l’invitée du Musée Paul Valéry. Une exposition riche, drôle, poétique, où l’art contemporain s’en va frayer avec le populaire.

Attention, art enragé !

La revue Hey ! et la Halle Saint Pierre proposent une impressionnante exposition autour des artistes à la marge.

La mémoire des barbelés

La photographe Nicole Bergé arpente le camp de Rivesaltes, où furent enfermés les « indésirés » des Républiques et de Vichy. Elle en tire une très belle exposition. Visite guidée.

CAC Meymac : ça monte

Photographies

Le garage moderne

À Bordeaux, le Garage moderne va souffler ses dix bougies. Dans cet atelier associatif, on met les mains dans le cambouis mais on accueille aussi des artistes et des musiciens. Rencontres.

Soutien aux salariés de l’asso : vente aux enchères

& en ligne

Proche-Orient 2001-2002

Photographies

Cannes moins les paillettes

Le festival observé par le collectif de photographe Temps Machine.

L’île : soleil, pluie, nuit

Photographies

Feu le zoo de Vincennes

Photographies

Le zoo libéré, essais

Photomontages découpés et coloriés

Le poète saltimbanque

Portrait de Romanès et de son cirque

L’écran intérieur

Etre cinéphile et aveugle

Cette folle liberté

L’Atelier du non-faire, de l’art en HP